Mission d’enseignement

Erasmus+ propose un grand nombre de possibilités pour les élèves
et les enseignants de partir à l’étranger pour se perfectionner dans des domaines variés…
En février 2025 je suis partie en “mission d’enseignement” dans notre lycée partenaire en République tchèque. Cette mobilité m’a donnée la possibilité de m’immerger activement dans un nouveau système éducatif européen. Étant une professeure d’anglais, je suis partie pour enseigner anglais aux élèves tchèques pendant 2 semaines. J’ai eu l’occasion d’observer également les collègues tchèques et d’échanger sur nos pratiques qui sont assez différentes.


Voici quelques faits qui m’ont marquée :


Les lycées tchèques (comme toutes les écoles générales ou spécialisées) sont sélectifs.

Au lycée partenaire, environ 1 élève sur 3 réussit le concours d’entrée. Le
concours d’entrée est national, le même jour pour tous les élèves en 3e, qui doivent auparavant formuler 3 souhaits. Un système similaire fonctionne pour entrer à l’université. Ce système encourage la prise de responsabilité pour chaque élève. S’il veut réussir, il doit faire ses preuves…

  • Les lycées tchèques sont sur 4 ans et donc les bacheliers ont un an de plus.
  • Les cours durent 45 min seulement. Pour comparer, j’ai pris un emploi du temps d’un élève en classe de Terminale pour comparer avec un élève chez nous : en tout, un élève français passe environ 1500 min par semaine en cours, un élève tchèque 1600 min (donc environ 1h30 de plus). Pourtant, les tchèques sont libres 2 fois par semaine à 13h15 et 3 fois à 15h30. Cela permet aux élèves de consacrer plus de temps aux activités extra-scolaires dans l’après-midi.
  • Le temps légal pour un enseignant en face d’une classe est d’environ 990 min par semaine (18 heures/cours) en France et de 945 min (21 heures/cours) en Tchéquie (sans heures supplémentaires pour les deux, bien évidemment).
  • Si un enseignant est absent, tous ses cours sont remplacés et les élèves ne se trouvent que rarement sans un professeur en face d’eux. Les remplacements sont imposés par la direction et payés (double d’une heure ordinaire) s’ils remplacent un cours dans leur discipline. Par contre, s’ils remplacent un collègue d’une autre discipline, ils ne sont pas payés car ils surveillent et n’enseignent pas. Ce système a une longue tradition et n’est pas par conséquent choquant pour les collègues tchèques…
  • L’institution “vie scolaire” n’existe pas. Son travail est étalé parmi l’ensemble du personnel. Par exemple, les absences sont comptabilisées à la fin du semestre par le professeur principal à partir du logiciel similaire à notre “vie-sco” où chaque enseignant fait appel au début du cours.
  • Le lycée est parfaitement propre grâce à l’habitude de tous les élèves (et les adultes) de changer de chaussures pour des pantoufles pour garder les lieux impeccables. Chaque classe dispose d’une petite pièce qui fonctionne comme un vestiaire.
  • Les salles restent toujours ouvertes et (il parait) que rien n’est jamais abimé ou volé.
  • La cantine (qui prépare environ 1000 repas par jour sur place) est très bienveillante envers les différents régimes alimentaires. Ils préparent quotidiennement 3 repas aux choix pour l’ensemble de pensionnaires et puis des repas “à la carte” pour les personnes ayant un besoin particulier. Les repas végétariens (délicieux) sont toujours au menu.
  • Le problème des téléphones portables pendant les cours semble être un peu plus prononcé que chez nous…
  • J’ai eu l’impression que nos élèves se tiennent globalement mieux en cours. Par contre, les élèves tchèques sont plus autonomes et matures.
  • J’ai seulement observé les cours d’anglais. Le niveau est largement supérieur. Certains élèves passent la certification Cambridge au niveau C2 sans problème et ils n’attendent pas forcément être en Terminale pour le faire.
  • Le lycée a gardé non seulement les groupes de langue (max 15 élèves par classe) mais surtout ils font les groupes de niveaux. Il est donc plus facile de cibler les difficultés et travailler à un rythme adapté à chacun.
  • Alors que chez nous le nombre de cours diminue avec l’âge, en République tchèque c’est l’inverse: les élèves en seconde ont 3 heures d’anglais par semaine (comme chez nous). Quand ils sont en 2e et 3e année, ils ont 3 heures avec un enseignant + une heure par semaine avec un assistant de langue anglophone (qui fait partie d’une équipe d’enseignants et ne change pas chaque année), donc 4 h en tout (chez nous c’est 2h30). En Terminale c’est 5h (alors qu’en France c’est 2 heures).
  • Les manuels d’anglais préparent les élèves aux épreuves de baccalauréat tchèque (niveau demandé est le B2 comme chez nous ) mais en même temps ils sont conçus à l’identique pour la préparation à la certification Cambridge (ils sont d’ailleurs écrits par les auteurs anglophones). Les sujets/axes sont traités différemment. Les élèves travaillent beaucoup plus sur le vocabulaire et la grammaire. En bref, je dirais que le système tchèque a la langue pour l’objet d’étude alors qu’en France on utilise la
    langue pour parler des sujets traitant le monde anglophone. Encore faut-il avoir assez de bagages pour pouvoir le faire 🙂

    En conclusion, je constate une différence dans la préparation générale à la vie : le système éducatif tchèque met toujours l’accent sur les connaissances encyclopédiques alors que les élèves français sont encouragés à réfléchir dès leur plus jeune âge. On part du principe que (surtout de nos jours) il n’est pas très difficile de trouver l’information.
    Nous essayons donc d’enseigner aux élèves comment travailler avec l’information, comment penser. La finalité n’est donc pas basée sur des connaissances que l’élève peut mémoriser, mais sur le raisonnement, qu’ils appliquent et la manière dont ils les traitent.

    J’ai trouvé cette mobilité très enrichissante sur le plan professionnel. J’ai pu y expérimenter mon rôle d’enseignant dans un pays différent de celui où je vis et travaille. J’ai élargi mes horizons et j’en retire de nouvelles connaissances dans le domaine de la méthodologie et de l’enseignement. Je souhaite donc que d’autres personnes puissent bénéficier d’une expérience et d’une pratique similaires.

    Antonie Clatot,
    Professeure d’anglais


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